Une aubaine pour les petits agriculteurs africains

Depuis une dizaine d’années, environ 30.000 paysans d’Afrique de l’est, précisément de la région du Lac Victoria, expérimentent une nouvelle technique culturale appelée push-pull et qui fait des merveilles.

Agnes Maureen Ambubi est une veuve âgée de 47 ans, habitant Ebukanga, un petit village situé dans la province de Kisumu au Kenya. Après le décès de son mari en 1999, sa production vivrière s’est rétrécie comme peau de chagrin, alors qu’elle doit nourrir ses trois enfants et assurer en même temps leur scolarité. Mais malgré les 14 brouettes de fumier qu’elle utilisait, Agnes ne récoltait qu’un demi-sac de maïs sur le quart d’hectare qu’elle possède. Le striga et les foreurs de maïs ne lui laissaient pas de chance d’augmenter ses revenus.

En 2002, Agnes prend connaissance d’une nouvelle technique de culture mise en œuvre par le Centre international de recherche en physiologie et écologie des insectes (Icipe) basé à Nairobi. Cette nouvelle donne technologique a le mérite de mettre en déroute les deux majeures bêtes noires des paysans qui sont le striga et le ver foreur des tiges de maïs.

Ce procédé de push-pull, développé par l’Indien le Pr. Zeyaur R. Khan, directeur des recherches a Icipe, est une combinaison de deux plantes : le desmodium et l’herbe à éléphant. Ces deux plantes travaillent en synergie pour chasser les ennemis des cultures et augmenter la production céréalière.

Le desmodium est une légumineuse qui, plantée soit entre les rangées de maïs, soit entre les pieds de la graminée, empêche le striga de pousser et, au fil du temps, l’élimine complètement du champ. Il chasse également, par son odeur, les papillons qui voudraient bien pondre les œufs sur les feuilles de maïs. C’est la composante « push » (pousser ou chasser, en anglais) de cette technique. De ces œufs éclosent des larves qui forent la tige de maïs et impactent gravement la production. Le desmodium, de par sa formation, maintient l’humidité et les nutriments et aide ainsi le maïs à croitre pour donner un bon rendement. De plus, cette plante peut résister pendant des mois contre la sécheresse et constitue du fourrage par excellence pour le bétail, puisque riche en protéine.

De son coté, l’herbe a éléphant, plantée autour du champ en au moins trois rangées, attire les papillons chassés par l’odeur du desmodium. Ces derniers viennent y pondre leurs œufs qui deviendront des larves en 5 jours. Lorsque les larves commencent à miner les tiges, celles-ci produisent une substance gluante qui piège et tue ces insectes. C’est la phase « pull » (tirer ou attirer en anglais).

Cette nouvelle donne est une véritable aubaine pour les petits cultivateurs africains. Cela a permis à Agnes de récolter six sacs de maïs sur sa parcelle d’un quart d’hectare. «Depuis que j’ai appris la technique push-pull, je n’achète plus de nourriture. En plus, j’ai du fourrage en quantité pour mes quatre bœufs. Je n’ai pas de problème, j’apprécie plutôt la nouvelle technique, parce que c’est facile a cultiver », déclare-t-elle, fière. Indirectement, la production laitière de cette dame s’est également nettement améliorée à cause du desmodium et de l’herbe à éléphant qu’elle donne à son bétail. De 6 à 8 litres de lait par jour, sa vache produit aujourd’hui 12 litres.

Selon le Pr. Zeyaur Khan, géniteur de ce programme, la méthode push-pull multiplie par 4 voire 5 les productions agricoles traditionnelles des petits agriculteurs. Information renforcée par le directeur général d’Icipe, Pr. Christian Borgemeister. Ce qui fait dire a Nactical Kutayi, un des formateurs bénévoles des cultivateurs, que la technique du push-pull est arrivée pour les pauvres. Cependant, les petits planteurs se plaignent de la cherté des semences du desmodium. Pour l’heure, il faut débourser 16 dollars (environ 8000 FCFA) pour 1kg de semence.

Plusieurs expériences faites avec d’autres plantes telles que le riz, l’arachide, le haricot, le mil et le sorgho montrent que le desmodium est la clef de la sécurité alimentaire, étant donne que 90% des agriculteurs sont de petits cultivateurs et que Afrique aura de difficultés a nourrir ses enfants d’ici a 2050.

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