Togo : le S.O.S. des sinistrés du climat

carte togo

Les personnes déplacées à la suite des graves inondations, qui ont affecté en juillet et août dernier [2008] le sud du Togo, sont toujours sous le choc. Cultures dévastées, troupeaux et cases effondrées… Ces sinistrés du climat attendent toujours de l’aide.

De mémoire de Togolais, jamais le pays n’avait été frappé par une catastrophe d’une telle ampleur. Les graves inondations qui ont affecté, de juillet à mi-août dernier, le sud du Togo avaient fait fuir des milliers de personnes qui, pour la plupart, ont regagné rapidement leurs habitations. Selon un bilan officiel, ces intempéries ont fait 9 morts et près de 10 500 déplacés. Sur place, on ne comprend toujours pas ce déchaînement de la nature.
Assis sur un banc, la tête entre les mains, Djivon Yao Toko, chef du village de Tsikplonoukondji (25 km au nord de Lomé) est désemparé. “La population a faim, confie tristement ce quinquagénaire d’une voix étranglée. Les eaux ont tout détruit. Nous n’avons aucune assistance. Nous souffrons.”
Villages morts
Neuf ponts, dont celui de Togblékopé, à quelques kilomètres de Tsikplonoukondji, se sont écroulés sous la fureur des eaux. Deux mois après les orages, la vie reprend tout doucement dans les localités sinistrées, mais plus rien n’est comme avant. Le village semble mort. Disparues les vendeuses qui, auparavant, se précipitaient, leurs marchandises sur la tête, pour proposer poissons fumés, pain ou fruits aux passagers des véhicules en route vers le Nord. Disparus aussi les étals de canne à sucre, qui faisait il y a quelques mois encore la réputation de Tsikplonoukondji. On n’entend plus les vrombissements des poids lourds qui traversaient le village à vive allure pour rallier le Burkina Faso. Le soleil écrasant darde à présent ses rayons et assèche peu à peu les immenses étendues d’eau.
À Klobatème, un autre village d’environ 2 000 habitants, situé à 10 km au nord-est de Lomé, la capitale, la ruine est encore visible un peu partout. Des matériaux disparates (briques en argile, bouts de bois, tôles rouillées) jonchent les rues. Les cases effondrées se comptent par dizaines. “Tout est à reconstruire”, soupire Aziaka Kpomegbé, un habitant. Dans la cour du chef, sous un soleil de plomb, trois jeunes hommes foulent aux pieds la terre rouge gorgée d’eau. “Nous nous préparons à reconstruire nos cases”, déclare l’un d’eux, tout dégoulinant de sueur.
Autour de Lomé, de nombreuses concessions sont encore sous l’eau. A Adakpamé, des élèves vont à l’école en bottes depuis la rentrée des classes, le 6 octobre. Pour regagner leurs chambres, les gens marchent sur des pierres soigneusement disposées sur le sol.
Seule consolation en ces moments de crise, les habitants font preuve d’une grande solidarité. Ceux dont les cases se sont effondrées ont trouvé refuge chez ceux dont les maisons ont résisté aux intempéries. Il en résulte souvent une grande promiscuité. “Aujourd’hui, nous dormons à huit dans une pièce de 4 mètres carrés”, témoigne Kossi Degué, de Klobatème.

La plupart des sinistrés ont perdu leurs récoltes et leurs animaux, ce qui explique que la famine commence à rôder. Au milieu des décombres de Tsikplonoukondji, M. Magno regarde avec tristesse son champ. “Plus un hectare de manioc et de canne à sucre. L’eau a tout ravagé”, dit-il. Même désolation chez son voisin Mathieu Yao, éleveur de volaille et de chèvres : “25 canards, 35 poules et 7 cabris : j’ai tout perdu. Comment vais-je m’arranger à présent ?”, se demande-t-il, abattu.
“Nous sommes abandonnés par nos autorités”

Quelques localités sinistrées du sud Togo attendent toujours que les autorités leur tendent une main secourable. Pendant ce temps, la télévision nationale (TVT) diffuse presque tous les jours des images de dons (vivres et couvertures). A Klobateme, comme ailleurs, le préfet a demandé un recensement local de la population pour lui venir en aide. “Je lui ai remis la liste des habitants, mais on n’a encore rien reçu, constate le chef du village, Aziaka Hoedinoukpo. Nous sommes abandonnés par nos autorités. Sans les vivres que nous ont offerts des Églises et des Ong, nous serions tous morts de faim.”
Ces populations du Sud-Togo, qui continuent à implorer l’aide de l’État togolais et de la communauté internationale, s’en remettent à Dieu. “Lui seul peut nous sauver de cette situation”, croit Djogbessi Eli. Comme d’autres sinistrés du climat, il ne compte guère sur d’autres secours.

écrit par Etonam Akakpo-Ahianyo pour l’agence Syfia (31-10-2008), journaliste togolais pour Afrique Agriculture et Le Marché et membre du réseau Media21. Etonam prépare un livre sur le rôle des médias dans la lutte contre le changement climatique.

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