Les maliens au chevet de l’écosystème du fleuve Niger

Photo aérienne du Delta du Niger au Mali

Photo aérienne du Delta du Niger au Mali (Flickr)

Dans le delta intérieur du fleuve Niger, au Mali, les oiseaux migrateurs, autrefois chassés, mangés ou vendus, sont à présent protégés. Les villageois, qui subissent de plein fouet les conséquences des changements climatiques, comprennent mieux l’intérêt de sauvegarder l’habitat de ces oiseaux.

“Il faut continuer à protéger les oiseaux migrateurs. Ils sont très importants. C’est pour cela qu’il est formellement interdit de chasser dans la forêt d’Aka Goun ou de couper la moindre branche d’arbre”, lance avec conviction Yaya Bocoum, un notable de Youwarou. Ce village, situé à environ 600 km au nord-est de Bamako, dans la région de Mopti, est au cœur du delta intérieur du fleuve Niger. Depuis quelques années, les oiseaux migrateurs, qui fuient le froid de l’hiver européen, peuvent à nouveau trouver refuge dans cette forêt.
Le delta, qui s’étend sur près de 40 000 km2, était autrefois un havre de paix bien plus sûr pour eux. Les rares forêts actuelles sont des reliques d’un milieu beaucoup plus riche, que la sécheresse a commencé à consumer à partir des années 1970 et 1980. “Il y avait dans le delta plus d’une vingtaine de forêts où les oiseaux migrateurs pouvaient nicher. Elles avaient toutes disparu. Aujourd’hui, seules sept d’entre elles ont été réhabilitées dont quatre jouent un rôle majeur dans l’équilibre écologique de la région”, résume Abdramane Goïta, coordinateur régional de l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature).
Aux conséquences des changements climatiques s’étaient ajoutées certaines pratiques des communautés locales, très friandes de la chair des oiseaux migrateurs comme la sarcelle d’été. Les habitants chassaient aussi ces oiseaux pour gagner un peu d’argent. “Des paysans les tuaient pour vendre aux touristes les bagues que les ornithologues européens mettent à leurs pattes. Mais, grâce à la sensibilisation, ils ont maintenant abandonné cette pratique”, affirme Mory Diallo, assistant de recherche à l’antenne locale de l’ONG Wetlands International.
Poissons et hippopotames de retour
À présent que les forêts inondées sont mieux préservées, il n’y a pas que les oiseaux qui reviennent. “Ces habitats sont devenus des lieux de refuge et de reproduction pour des animaux aquatiques menacés comme les hippopotames et les lamantins, qui avaient disparu du delta”, observe Mory Diallo.
Pour les riverains, les bienfaits sont aussi et surtout d’ordre économique. La réintroduction dans la région du bourgou, une plante aquatique fourragère locale, qui avait été détruite par la sécheresse, bénéficie aux oiseaux, mais aussi aux éleveurs. Ces hautes herbes servent d’abri aux migrateurs, qui y chassent leurs proies. “Même la pêche, principale source de revenus dans le delta, doit un peu aux oiseaux migrateurs. Beaucoup de poissons se reproduisent dans les forêts inondées et dans les bourgoutières”, explique Bacary Koné, coordinateur régional de Wetlands International. Dans les mares reconstituées où certaines espèces de poissons sont revenues, les pirogues de pêcheurs se font moins rares. Les paysans, eux, ont appris à cultiver le bourgou. “La vente de cette herbe améliore leurs revenus. Les éleveurs l’achètent et la stockent pour nourrir leurs animaux pendant la saison sèche”, précise Sambo Barry, qui encadre de petits éleveurs à Youwarou.
Le combat de tous

Embarcation naviguant sur le Niger près de Mopti

Embarcation naviguant sur le Niger près de Mopti

Les projets de réhabilitation du delta sont menés depuis 1984 par des ONG comme Wetlands International et l’IUCN. Les populations locales y sont toujours associées. Pour les motiver à s’impliquer davantage, les ONG financent certains de leurs projets. “Nous accordons par exemple des crédits aux femmes. Elles remboursent leurs dettes par des activités de reboisement rémunérées”, rapporte Mory Diallo. Dans d’autres cas, les ONG aident les communautés locales à faire des travaux d’aménagement, comme déboucher les chenaux d’alimentation d’une mare asséchée. La protection des oiseaux et de l’environnement devient ainsi le combat de tous. “Les populations demandent elles-mêmes la signature de conventions locales pour protéger les oiseaux et le reste de l’environnement. Ces textes fixent les règles d’exploitation des ressources naturelles et les sanctions contre ceux qui ne les respectent pas”, précise Abdoussalam Maïga, agent de Wetlands International. Généralement, les contrevenants doivent payer une amende qui alimente un fonds d’entretien des ressources (plantation d’arbres par exemple).
Cependant, dans certaines parties du delta, le braconnage continue : tous ne respectent pas les règles de bonne conduite, qui n’ont pas toutes valeur légale. Quant à la sécheresse, elle poursuit son œuvre de destruction des espaces humides indispensables à la survie des oiseaux migrateurs.

Par Soumaila T. Diarra, journaliste malien membre du réseau Media21.

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