
Village de Tamala
Lancé en 2006, le programme de « pluies provoquées » du gouvernement malien a amélioré les récoltes dans de nombreuses régions affectées par le changement climatique. Depuis plusieurs décennies, le Mali est plus souvent touché par la sécheresse et la saison des pluies se fait de plus en plus capricieuse. La technologie sauvera-t-elle les paysans maliens ?
Chaque soir, la télévision publique malienne diffuse non pas un mais deux bulletins météo : les prévisions normales et la carte des pluies provoquées. Depuis 2006, le service météorologique malien a lancé le programme « Sanji » (pluie, en langue bambara) d’insémination de nuages en coopération avec le ministère de l’agriculture et l’armée de l’air.
La tâche est immense, 80% de la population travaille dans l’agriculture et le pays est tributaire d’une saison des pluies, normalement de mai à août, de plus en plus aléatoire. Les sécheresses récurrentes depuis 1970 amènent la désertification et l’exode rural. Les pluies artificielles permettent aussi de recharger les barrages hydroélectriques et les nappes phréatiques.
Encouragé par les résultats obtenus depuis 2006, le Mali vient d’acheter début septembre deux avions rutilants pour 16 millions de francs suisses, somme comprenant un programme d’accompagnement de trois ans qui devrait aboutir au transfert de la technologie. Pour l’instant, c’est l’entreprise américaine Weather Modification Inc. qui supervise le projet.
Ces avions déclenchent les précipitations dans les zones en déficit de pluviométrie, «par exemple, il ne pleut pas pendant dix jours dans un village et nous apercevons dans nos prévisions des nuages qui viennent sur cette zone, raconte Daouda Zan Diarra, ingénieur à Mali Météo. Nous décidons de faire décoler l’avion pour pulvériser des produits chimiques dans le nuage ». Une demi-heure plus tard, la pluie commence et le climat reste humide pendant trois à quatre jours. « Nous utilisons de l’iodure d’argent, poursuit-il, car cela favorise la condensation, les gouttelettes d’eau s’agglutinent et finissent par provoquer une précipitation. »
Des résultats probants au Mali mais la technologie reste controversée
D’après les chiffres de Mali Météo, ces opérations engendrent une hausse de de 10 à 25% des précipitations dans les zones concernées. Le village de Tamala, à 70 km au Sud de Bamako, a vu sa production agricole s’améliorer suite aux inséminations de nuages : « Avant, nous avions beaucoup de difficultés à cause de la sécheresse, nous pouvions planter quatre fois sans avoir de résultats mais maintenant les récoltes sont bonnes », témoigne Sali Samaké. Âgée de 52 ans et mère de douze enfants, elle est chargée de relever les niveaux du pluviomètre. Les cultures de céréales sont désormais florissantes mais les pluies artificielles n’ont pas résolu tous les problèmes d’eau : « Nous avons aussi besoin d’eau pendant la saison sèche, notre puit est cassé et nous aimerions pouvoir cultiver notre jardin pendant toute l’année », confie le paysan Adama Samaké.
Or, les nuages se font rares après septembre et les avions ne décollent que durant la saison des pluies, « Les nuages sont la principale limite à ce projet, estime M. Diarra, car si vous n’avez pas de nuages dans la zone qui a besoin de pluies, vous ne pouvez rien faire ». Autre bémol, une trop forte concentration de l’iodure d’argent dans l’eau, la végétation et les sols pourrait affecter les écosystèmes et la santé des populations.
Cette technologie existe depuis les années 50 mais devient maintenant abordable pour de nombreux pays arides et pauvres qui voient en elle une solution « miracle ». Au Mali l’expérience paraît concluante mais la communauté scientifique demeure divisée sur les risques et l’efficacité réelle des inséminations de nuages.
MEDIA21
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